L'histoire de la Guadeloupe



LA GUADELOUPE : REGARD SUR L’HISTOIRE

La connaissance du passé peut permettre une meilleure compréhension du présent. Le visiteur de la Guadeloupe, s’il veut comprendre l’environnement et 7 la culture du milieu a tout intérêt à se tourner vers l’histoire afin de profiter au mieux des atouts du patrimoine local qui se laisse découvrir. La Guadeloupe fut habitée en premier par les Arawaks, indiens venus du Vénézuela des siècles avant notre ère. Les Arawaks étaient un peuple de pêcheurs et de chasseurs-cueilleurs se déplaçant au gré des besoins alimentaires. Les outils faits de pierre taillée, de coquillage ou d’os servaient à divers besoin. A partir du Vème siècle avant notre ère, une époque nouvelle s’instaure avec la culture saladoïde originaire de l’Orénoque. Cette culture maitrise l’art céramique, l’agriculture, la navigation et la pêche. Elle déborde sur tout l’archipel de la Guadeloupe, (appelée alors Karukera qui signifie île aux belles eaux) et au-delà dans les parties méridionales des Grandes Antilles. Ce sont des agriculteurs de talent qui ont aussi une grande maîtrise de leur environnement aquatique. Sans aucun doute ce sont eux qui ont apporté sur l’île le manioc, la patate douce ou encore le piment. Les traces identifiées dans les localités qu’ils ont habitées montrent de fréquents déplacements et une préférence pour la côte.

Plus tard des farouches guerriers anthropophages également originaires du Vénézuela (ancien Orénoque) vont suivre la trace des Arawaks et les éliminer au fur et à mesure de leur avancée. Leurs mœurs anthropophages font des ravages parmi la population masculine mais ils n’auront pas le temps de remonter jusqu’aux Grandes Antilles à cause de l’arrivée des Espagnols. Le 12 octobre 1492, au terme d’un voyage bien plus long que prévu, à la tête d’une flotte de trois navires, le navigateur cartographe génois Christophe Colomb arrive aux Bahamas, pensant avoir trouvé une nouvelle voie maritime devant le conduire au Japon, en Inde et en Chine. Il déchante bien vite devant des populations nues. Il prend ensuite la direction de Cuba et d’Haïti qu’il rebaptise « Hispaniola ». Le 4 novembre Christophe Colomb jette l’ancre devant l’île et la rebaptise ‘‘Guadaloupe’’ en hommage au monastère sacré de Santa Maria de Guadalupe où Christophe Colomb avait reçu de la main du roi et de la reine d’Espagne le document officiel le mandatant pour l’expédition « aux Indes ».

Toutefois l’île ne présente que peu d’intérêt pour les espagnols qui ne s’y intéressent que très peu. Les premiers colons français d’origine normande, bretonne et charentaise arrivent à partir de 1635, envoyés par la Compagnie des Isles d’Amérique. Les populations locales autochtones de l’île subissent les affres de l’alcool, des maladies nouvelles (grippe, variole) et des fusils apportés par les européens (combats, rixes, expéditions punitives) mais aussi assimilation et esclavage. En environ 10 ans, soit de 1492 à 1502, la population autochtone va disparaitre à une grande vitesse.

Mais les mauvaises conditions de vie dans l’île n’épargnent pas les colons. Bientôt, l’utilisation de la main d’œuvre venue d’Afrique, les esclaves vont prendre le relais pendant près de quatre siècles. En effet, la reconversion des peuples autochtones en esclaves est impossible. Les conquistadores vont donc se tourner vers l’Afrique comme c’est déjà le cas à cette époque.

En 1648, la Compagnie des Isles d’Amérique ayant fait faillite, l’archipel de la Guadeloupe est vendu à Charles Houel et son beau frère Boisseret. Grace à lui, les plantations de cannes-à-sucre, de café et de cacao connaissent un essor formidable. Mais dès 1664, après la constitution de la Compagnie des Indes occidentales par Jean-Baptiste Colbert, l’île change de possesseur et par la suite passe sous le contrôle du Rois Louis XIV. Dix ans plus tard en 1674, la Compagnie est dissoute et la Guadeloupe devient une colonie française. Mais en 1758 la France est attaquée et les Anglais s’emparent de l’île. Cette même année Pointe-à-Pitre est créée. Pendant les quelques années qui suivent, la Guadeloupe changera ainsi de mains, passant tour à tour entre celles des anglais puis des français. Ce jusqu’en 1816 quand le Traité de Venise rend la Guadeloupe à la France car bien que par le Traité de Paris de 1763, la Guadeloupe et la Martinique étaient officiellement françaises, les anglais ont eu le temps de les arracher des mains françaises. Le 18ème siècle est la période hégémonique de la piraterie maritime. Les flibustiers et corsaires font la fortune des îles caribéennes grâce au pillage des navires marchands qui croisent dans les mers.

Dans la société coloniale guadeloupéenne, le planteur est celui qui occupe le sommet de la hiérarchie sociale. Il est propriétaire d’esclaves et de terres agricoles. Le colon est considéré comme un pauvre, un « petit-blanc » sans grands moyens. Seule leur couleur fait qu’on leur accorde encore quelques honneurs. En 1848, l’abolition de l’esclavage va susciter des inquiétudes. Le problème de la main d’œuvre agricole va se poser. Il faut noter que seule les descendants des colons installés dans l’île étaient appelés « créoles » mais avec le temps ce terme a fini par désigner tous ceux qui sont nés dans les colonies. Ce terme désigne même la culture locale avec ses traditions, ses us et coutumes. Le métissage, reconnu ou non a donné les « sang-mêlé ». Avec des nuances de couleur et des appellations diverses comme mulâtre (métis blanc noir), chabin (une variante du premier métissage noir-blanc), quarteron (mélange noir-mulâtre), câpre, etc...

Le commerce des esclaves commence à susciter des remous en France et dans les autres grandes puissances. Les intellectuels comme jean Jacques Rousseau le dénoncent avec véhémence. Le régime colonialiste doit faire face à une adversité sans pareille qui remet en cause la monarchie. Pour apaiser les esprits , Louis XIV va tenter de prendre des décisions qui loin d’attaquer le fond du problème se limitent à en polir les effets. En 1789 c’est l’anarchie. Le roi est tué et la France entre en guerre contre les monarchies d’Europe. Les informations ne parviennent que de façon très incomplète aux Antilles à cause de l’éloignement. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est rendue publique.

Mais bien que Napoléon décide que les colonies peuvent continuer sous le régime de l’esclavage, les mouvements anglo-saxons conduiront à l’abolition de l’esclavage par l’Angleterre en 1833, rendant la liberté à des populations voisines de la Guadeloupe. La révolution de février 1848 et l’avènement de la IIe République après la fuite de Louis-Philippe permet une avancée. La France décide enfin d’abolir le 27 avril 1848. La deuxième étape marquante est la départementalisation de la Guadeloupe qui désormais fait partie de la France d’outre-mer.